ARTICLE DE RECHERCHE _ « Muscle Pics », un nouveau comportement de vérification corporelle dans la dysmorphie musculaire.

« Muscle Pics », un nouveau comportement de vérification corporelle dans la dysmorphie musculaire

Disponible ici

RÉSUME DE L’ÉTUDE

Objectifs. – L’internalisation de l’idéal hypermusclé constitue une des pierres angulaires du développement de la dysmorphie musculaire, caractérisant ces individus souffrant de ne jamais être assez musclés et dessinés. Les pensées et comportements développés s’illustrent par la mise en place de stratégies censées aider à la réalisation de ces objectifs esthético-corporels à travers l’idéal musculaire et graisseux, notamment par des pratiques de régimes spécifiques, des pratiques problématiques de l’activité physique ainsi que des consommations de produits aidant à améliorer l’apparence et la performance. Ces idéaux corporels sont véhiculés par les médias pro-muscularité, faisant la promotion d’un corps hypermusclé et des conduites devant être adoptées pour l’obtenir. Les individus peuvent alors développer une surveillance corporelle pathologique afin de s’offrir une nécessaire réassurance concernant cette correspondance idéale, notamment à travers des feedbacks entre « body-checking » et consultation des images présentant ces corps idéalisés hypermusculaires. Notre objectif sera d’investiguer les comportements de « body-checking » émergents dans la dysmorphie musculaire, notamment à travers les liens étroits se tissant entre les personnes souffrant de dysmorphie musculaire et leur consultation des sites pro-muscularité.

vadymvdrobot150700047

Méthodes. – Au total, 342 étudiants pratiquant la musculation à l’Université de Bordeaux ont répondu à un questionnaire sociodémographique ainsi qu’à des questions orientées sur les symptômes de vérifications corporelles pouvant s’exprimer par des pratiques nouvelles telles que les selfies de leur musculature globale ou d’un groupe musculaire spécifique, appelées « Muscle Pics » se déclinant en trois pratiques:« Follow-up » pour le suivi personnel de l’évolution corporelle, « Message » pour l’envoi de photos de sa musculature globale ou d’un groupe musculaire spécifique à des paires, « Selfie » pour publication de photos de sa musculature globale ou d’un groupe musculaire spécifique sur les réseaux sociaux. La dysmorphie musculaire était évaluée avec le questionnaire MDDI (Muscle Dysmorphic Disorder Inventory).

dolgachov160605942

Résultats. – Dans notre population, la prévalence de la dysmorphie musculaire était de 18,7 %, soit 64 étudiants. Nous avons observé que la dysmorphie musculaire était corrélée au « Muscle Pics », « Muscle PicsFollow-up », « Muscle Pics Message », « Muscle Pics Selfie », et au « gym mirror checking » (p < 0,01). De plus, les « Muscle Pics » étaient reliés à la consommation d’APEDs, à la consultation de médias pro-muscularité, à la comparaison de modèles fitness et au « gym mirror checking » (p < 0,01). Pour la dysmorphie musculaire, les « Muscle Pics » sont fortement prédicteurs (OR = 5,10, p = 0,000) et (OR = 4,08, p = 0,000) en ajusté(âge, sexe, IMC), tout comme les « Muscle Pics Follow up » (OR = 4,76, p = 0,000) et (OR = 3,83, p = 0,000)en ajusté (âge, sexe, IMC), « Muscle Pics Selfie » (OR = 11,20, p = 0,000) et (OR = 11,55, p = 0,000) en ajusté(âge, sexe, IMC), ainsi que « Muscle Pics Message » (OR = 4,49, p = 0,001) et (OR = 5,78, p = 0,001) en ajusté(âge, sexe, IMC).

Conclusions. – Les « Muscle Pics » ont montré des liens étroits avec la dysmorphie musculaire pour le score global, la dimension « drive for size », « functional impairment », mais non pour « appearance intolerance ». Les « Muscle Pics » apparaissent comme prédicteurs de la dysmorphie musculaire mais aussi liés à la consultation de sites pro-muscularité, à la comparaison à des modèles fitness, à la consommation d’APEDs et aux « gym mirrors checking ». De futures recherches sur les « Muscle Pics » et ses déclinaisons devraient aider à acquérir une meilleure compréhension de la dysmorphie musculaire et de ses liens avec les sites pro-muscularité faisant la promotion cette idéal corporel hypermusclé.

QUE FAUT – IL EN PENSER ?

Dans cet article, nous avons commencé a esquisser les liens existants entre la dysmorphie musculaire, les réseaux sociaux pro-muscularité (#fitspiration) et les comportements de vérifications corporelles (Muscle-Pics). Passés comme une conduite largement répandue dans notre quotidien, quelque soient nos activités, les Selfies participent grandement à la valeur que nous nous attribuons (estime de soi). Si l’excès de consultation de réseaux sociaux pro-muscularité (#fitspiration) et pro-ana (#thinspiration) peuvent altérer l’estime de soi et l’estime de soi corporelle, l’impact de la production de contenus imagés tels que les Selfies, et d’autant plus dans le milieu de l’esthétique corporelle (corps athlétique) montrent toute l’étendue de leur incidence. D’autant plus lorsque les individus sont déjà vulnérables au sujet de leur composition corporelle (répartition du taux de masse grasse et musculaire). La validation d’un groupe social sur l’apparence, par le biais du Selfie et des « like and share » se présente comme une oasis prometteuse pour les individus en soif de réassurance corporelle. Cependant cette oasis n’est en réalité qu’un mirage, où les comportements de construction corporelle sont motivés par le désir de reconnaissance sociale (pratique sportive, diète restrictive, restriction des autres activités non sportive, consommation de substances améliorant la performance et l’apparence) plutôt que par un plaisir intrinsèque. Pratiquer pour la reconnaissance des autres est le meilleur moyen de s’oublier, et de décrocher du réel bien-être que procure sa pratique sportive dans l’instant présent. Il serait totalement extrême de bannir les réseaux sociaux du quotidien, mais limiter leur utilisation dans notre quotidien lors des loisirs, et d’autant plus dans le sport, laisserait l’opportunité aux individus de pouvoir se recentrer sur la pleine conscience de leur pratique et du réel plaisir de l’instant à en retirer (optimisation de l’efficience de l’entraînement garantit !).  

REFERENCES

Cuadrado J, Morin J, Hernandez P, Yubero E, Bégin C, Michel G. Psychopathologie de la dysmorphie musculaire : analyse critique de la littérature internationale. Ann Med Psychol 2018;176:919–27.

J. Cuadrado, A. Hernandez-Comte, M. Narbaits-Jaureguy et al., Les « Drive for » dans la dysmorphie musculaire : critique de la littérature internationale, Ann Med Psychol (Paris), https://doi.org/10.1016/j.amp.2020.12.006

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :